« Ressources », ou pourquoi la croissance sans fin de nos technologies est impossible
"Ressources", ou comment la croissance sans fin de nos technologies est impossible
Le défi de comprendre l'importance des ressources
Dans 'Ressources, un défi pour l'humanité', Philippe Bihouix et Vincent Perriot proposent une réflexion percutante sur les défis écologiques et énergétiques contemporains. Voici la fiche de lecture Green Déclic, en toute partialité :).
Le progrès technologique : une fausse promesse de bonheur
Bihouix et Perriot commencent par démystifier une idée profondément ancrée dans notre culture : celle du progrès technique comme voie évidente vers le bonheur. Les auteurs questionnent cette croyance, largement partagée, selon laquelle chaque avancée technologique serait une étape supplémentaire vers une société idéale. Ce mythe, hérité des révolutions industrielles, nous conduit à une quête effrénée d'innovation technologique, souvent au détriment des équilibres naturels.
Cette vision occulte les effets pervers du progrès : exploitation massive des ressources (minérales mais aussi eau) et production exponentielle de déchets et de pollution.
Par ailleurs, cette course sans fin répond-elle à nos besoins profonds ? A-t-on vraiment besoin d'une litière pour chats connectés pour être heureux ?
L'illusion de l'abondance infinie
Les cornucopiens, définis par les auteurs comme idéalistes du progrès, croient en une abondance inépuisable des ressources, notamment grâce aux nouvelles technologies. Cette pensée, que Bihouix relie au techno-solutionnisme actuel, repose sur une hubris : l'idée que l'énergie ou les matériaux nécessaires à notre société pourraient devenir "gratuits" ou illimités. Pourtant, l’histoire démontre le contraire. Dès le XIXᵉ siècle, les économistes avaient identifié les limites physiques de la croissance. Mais la découverte d’engrais, de nouvelles techniques d’extraction minière ou encore de procédés chimiques a ravivé cette illusion d’un contrôle total sur la nature.
L’énergie et les ressources : un progrès trompeur
Bihouix et Perriot soulignent un paradoxe frappant : alors que nos technologies deviennent plus efficaces en théorie, l'intensité énergétique globale de nos activités ne diminue pas. Chaque dollar de richesse produit consomme, en réalité, toujours plus d’énergie. Cette dynamique est amplifiée par une dématérialisation en trompe-l’œil : les services numériques, souvent perçus comme "immatériels", reposent en fait sur des infrastructures physiques consommatrices de métaux rares et d'énergie. Or, ces ressources ne sont pas renouvelables à notre échelle temporelle.
En effet, les métaux et les phosphates, essentiels à de nombreuses technologies modernes, se forment sur des millénaires. Que le progrès technique permette d’accéder à des gisements de plus en plus difficiles d’accès (comme le pétrole non conventionnel) donne l'illusion d'une ressource infinie. Cependant, ces exploitations intensives entraînent des dégâts environnementaux majeurs, comme les zones mortes causées par les rejets toxiques, et nécessitent toujours plus d’énergie et d’eau, réduisant la disponibilité de ces ressources pour d'autres usages.
L'impasse de la croissance
L’ensemble de nos modèles économiques repose sur la croissance, un postulat intenable dans un monde aux ressources limitées. Bien que des solutions comme l'économie circulaire puissent ralentir l’épuisement des ressources, elles ne font que repousser les échéances, sans résoudre le problème de fond.
Les auteurs questionnent le rôle des énergies renouvelables. Sont-elles vraiment une solution durable ? Pas entièrement, car leur fabrication reste extrêmement gourmande en matériaux et leur durée de vie est limitée à quelques décennies. Ces systèmes nécessitent des renouvellements réguliers et une extraction continue de ressources, ce qui questionne leur viabilité à long terme. Par ailleurs, fabriquer du "renouvelable à partir de renouvelable" reste un défi non résolu, comme l’a souligné Vincent Mignerot dans son ouvrage L’énergie du déni.
L'utopie de l'énergie infinie
Les auteurs mentionnent aussi ce rêve de l'énergie illimitée qu'est la fission nucléaire. Cette technologie, exigeant une stabilité politique et des ressources spécifiques en métaux, ne pourra pas être déployée à grande échelle avant au mieux 2050. Cela ne résout pas notre urgence climatique. De plus, comme le dit Aurélien Barrau, la nature destructrice d’une technologie ne disparaît pas sous prétexte qu’elle est "verte" : une machine qui déforeste, même alimentée par l’énergie solaire, reste une machine qui détruit.
Imaginer un monde low-tech
Face à ces constats difficiles, Bihouix et Perriot nosu encouragent à envisager un monde low-tech, où l’on privilégie des solutions simples, locales et durables. Ce modèle, loin d’être un retour en arrière, pourrait au contraire redonner du sens à nos activités humaines. Il s'agirait d'un monde avec plus d'humain et moins de machines, davantage tourné vers l'utile que vers le superflu.
Cette transition impliquerait un changement culturel profond : il faut repenser le bonheur, non plus comme une accumulation de biens matériels ou une comparaison aux autres, mais comme une quête de sens et d'équilibre. Cela nécessite de déconstruire les mythes véhiculés par le marketing et de libérer nos imaginaires de l'idéal consumériste.
Conclusion
Avec 'Ressources', Philippe Bihouix et Vincent Perriot proposent une critique éclairée et nécessaire de notre dépendance au progrès technique et à la croissance infinie. Il nous invite à dépasser les illusions d’abondance et à réfléchir collectivement à un avenir plus sobre et résilient. On vous le recommande chaudement, pour vous ou comme cadeau !
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