Fiche de lecture : L'Énergie du déni, de Vincent Mignerot
Fiche de lecture
L'énergie du Déni, par Vincent Mignerot
Crédit photo : Benjamin Laks
“L’échec constaté de la transition énergétique nous motive à explorer ici les causes du décalage entre ce qui est espéré et la réalité.”
Cette phrase de Vincent Mignerot figure dans l’introduction de son essai ‘L’énergie du déni’(1)., dont nous proposons ici une fiche de lecture.
Cet ouvrage, organisé autour de 6 chapitres sur une centaine de pages, bouscule des idées reçues et rassurantes -mais sa thèse nous parait essentielle à considérer.
Comprendre ce qu'est l'énergie
Le premier chapitre resitue la notion d’énergie : une quantité de transformations.
L’être humain accède à de l’énergie qu’il transforme pour son besoin. Certaines sources d’énergie sont dites ‘de stock’, comme les hydrocarbures, car leur quantité est limitée : Vincent Mignerot nous indique qu’à ce jour la moitié des hydrocarbures accessibles sur notre planète ont été consommés.
D’autres énergies dites renouvelables, comme les rayons solaires, le vent, ne sont pas soumise à la notion de réserve. Mais pour les exploiter, il faut des infrastructures qui nécessitent des matériaux, eux-mêmes en quantité finie sur Terre. L’auteur démontre clairement, en rendant accessible le second principe de la thermodynamique, qu’on ne pourra pas construire à l’infini des éoliennes et des panneaux solaires, quelles que soient nos politiques de recyclage.
La seconde partie du chapitre fait le lien entre économie et énergie, et nous avons trouvé cet éclairage non seulement pertinent mais essentiel pour comprendre l’enjeu systémique de la question.
La transition énergétique : une chimère ?
Le second chapitre étaye la thèse de Vincent Mignerot : à ce jour, aucun scénario de transition énergétique ne garantit pouvoir tenir la promesse de sortir de la dépendance aux énergies fossiles. Il n'est pas démontré que les énergies décarbonées ne s’appuient pas sur une infrastructure entièrement construite autour des énergies fossiles : nous sommes une société thermo-industrielle et penser que cette société peut fonctionner sans hydrocarbures relève de la croyance.
Le troisième chapitre va plus loin, puisque l’auteur avance que les énergies de la transition ne constitueraient en fait que des énergies d’appoint, qui renforceraient le système énergétique fossile sans s’y substituer. Il illustre ce point avec l’exemple des quotas carbone, ainsi qu’avec des cas d’usage des énergies dites renouvelables… pour exploiter encore mieux des gisements d’hydrocarbures.
Quelles alternatives ?
Le quatrième chapitre est court mais nous amène à nous projeter : puisque le stock d’hydrocarbures est fini, la société thermo-industrielle ne pourra persister. Mais alors, quels futurs sont possibles ? L’auteur explique comment est mobilisée la notion de résilience pour ‘vendre’ des récits acceptables. Il fait appel à la systémique pour montrer la contradiction entre polyvalence et résilience, entre logiques locales et globales. En citant Spinoza, il nous pousse à réfléchir autrement l’avenir.
Le cinquième chapitre explore justement les conditions pour un futur qui permettrait une vraie réduction de l’empreinte écologique de nos sociétés. Vincent Mignerot nous propose quatre pistes :
> réduire la richesse économique dont on dispose
> réduire le recours aux systèmes d’assurances dont l'existence s'appuie sur "l'aptitude des marchés à faire fructifier (les cotisations) en s'appuyant sur le modèle productif extractiviste"
- réduire notre usage des machines en augmentant l’énergie issue du travail physique
- partager équitablement l’accès aux richesses
Le déni face au défi
Dans le dernier chapitre, Vincent Mignerot conclue sa démonstration en abordant l’aspect plus psychologique, car face au défi, l’esprit humain à tendance à faire appel au déni.
L’auteur explore les notions qui peuvent nous conforter dans ce déni : ‘greenwashing’ (2), ‘collapswashing’ (3), vision impérialiste de la nature; il alerte sur ces promesses qui, non tenues, pourraient mener à une rupture de confiance envers le corps social.
En conclusion de l’ouvrage, Vincent Mignerot avance le concept de singularité écologique, période où ‘l’acceptation des limites au développement entraînerait la disqualification des croyances solutionnistes. (...) La technologie redeviendrait un moyen, non un but.”
Nous espérons avoir, avec cette courte fiche de lecture, rendu hommage à cet ouvrage brillant de Vincent Mignerot, qui termine son introduction avec cette phrase : “Si sans maîtrise nous filons droit vers l’abîme, l’illusion du contrôle nous y précipiterait plus vite encore” .
(1) L’énergie du déni, 01/2023, collection ‘les incisives’, Rue de l’échiquier.
(2) Greenwashing (eco-blanchiment en français) : dissimulation consciente, par une organisation, de ses impacts négatifs sur l'environnement via des communications mensongères ventant une démarche écologique
(3) Collapswashing d'après le livre de Vincent Mignerot : dissimuler la réalité au titre du récit de l'effondrement.

