Il est temps de parler sérieusement du méthane
Le méthane, c'est quoi ?
Le méthane est un gaz (qui peut être liquéfié sous certaines conditions) dont la molécule, CH4, est composé d'un atome de Carbone lié à quatre atomes d'Hydrogène.
Le méthane est le principal constituant du gaz naturel, utilisé comme source d’énergie par nos sociétés. Il est aussi produit par des processus biologiques, comme la décomposition de la matière organique ou la digestion des ruminants.
Le méthane est le second gaz à effet de serre lié à l’activité humaine, après le dioxyde de carbone (C02). Il est considéré comme responsable de 30% de l'augmentation des températures depuis la révolution industrielle.
Le méthane participe aussi à la production d'ozone, un polluant dangereux pour l'homme et les écosystèmes.
Pourquoi parle-t-on moins souvent du méthane ?
Le CO2 est beaucoup plus abondant que le méthane dans l’atmosphère, et sa durée de vie est entre 50 et 200 ans.
Le méthane est moins présent, et ne reste en général qu’une douzaine d’année dans l’atmosphère. Cependant, son action de réchauffement (sa capacité à piéger la chaleur dans l’atmosphère) est plus de 80 fois plus elevée que celui du C02 sur 20 ans. Ainsi, dans les échéances que nous avons pour réduire le réchauffement climatique, réduire nos émissions de méthane est autant une priorité que réduire nos émissions de CO2.
Quels sont les contributeurs d’émission de méthane ?
Environ 40% du méthane provient de sources naturelles (zones humides notamment) et 60% provient de l'activité humaine.
Voici les principales sources de méthane d’origine humaine
- Pour un quart, l’agriculture, notamment les troupeaux de bovins et ovins et la culture de riz qui sont émetteurs de méthane (fermentation digestive et bactéries des rizières).
- L’énergie, notamment les fuites sur les infrastructures pour les énergies fossiles (production, gazoducs, etc.)
- Les déchets, qui produisent d'importantes quantités de méthane lors de leur décomposition.
Comment évoluent les émissions de méthane ?
Le GIEC a émis des hypothèses de réchauffement en fonction des émissions de méthane. Lorsqu’on les compare aux émissions mesurées entre 2005 et 2019, elles correspondent à un réchauffement en 2100 de plus de 3°C.
Pourquoi les émissions de méthane ne diminuent-elles pas ?
Pour réduire les émissions de méthane, il faut engager de grands changements, pour lesquels les états, les industriels et parfois les citoyens ne sont pas prêts.
En ce qui concerne les émissions liées au secteur énergétique, leur réduction pourrait être significative si les industriels consentaient aux investissements nécessaires.
Depuis quelques années, grâce notamment au déploiement de satellites, les fuites de méthane sont plus facilement détectées. Cela a permis de revoir leur contribution à la hausse.
En 2018, il a été notamment observé une fuite dans un puits en Ohio qui a émis en 20 jours davantage de méthane que la France en un an. Un rapport de l’Agence Internationale de l’Energie montre une hausse de 50% de cas de fuites massives de méthane en 2023, par rapport à 2022. Une fuite historique a notamment eu lieu au Kazakhstan en juin 2023, avec une fuite active pendant plus de 200 jours.
L’Agence Internationale de l’Energie a estimé que ces fuites pourraient être réduites de 75% en investissant moins de 5% des revenus de l’industrie fossile en 2023, notamment dans les 3 pays les plus producteurs de méthane : la Chine, les Etats-Unis et la Russie.
Et cette réduction aurait, toujours d’après l’AIE, un effet majeur, plus impactant que de supprimer l’ensemble du trafic routier, évitant potentiellement un réchauffement de 0,1°C dans les 20 années à venir.
En ce qui concerne les émissions liées à l’agriculture, l’enjeu n’est pas de réduire, mais de changer les pratiques agricoles. Les alternatives sont connues : des changements de production tout d’abord (réduction de l’élevage bovin et ovin comme le préconise la Cour des Comptes, développement des légumineuses, etc.) mais aussi des changements de pratiques pour aller vers l’agro-écologie (agro-foresterie, conservation des sols, etc.). Pour convaincre et aider les agriculteurs, il faut des politiques publiques volontaires et d’envergure.
Que faire ?
Il est important que chacun soit conscient des impacts du méthane sur le climat, et de l'importance de réduire ces émissions très vite, et significativement. Car sans pression des citoyens, les gouvernements auront du mal à imposer des politiques ambitieuses aux entreprises, surtout sur du court-terme, et à débloquer les budgets nécessaires pour les accompagner.
Au quotidien, le geste à la portée de tout le monde est de réduire sa consommation de bœuf, de veau, d’agneau et de mouton, pour la remplacer par des protéines végétales comme les légumineuses. Et coup triple, la réduction de la viande rouge dans le régime alimentaire est bonne pour la santé, et réduit considérablement les besoins en eau !
Pour aller plus loin
Cet article a été rédigé à partir de ces sources:
Le méthane, l'autre gaz à effet de serre qui concentre les attentes, mars 2024, Connaissances des Energies
La production d'énergies fossiles a généré 120 Mt d'émissions de méthane en 2023, mars 2024, TEMA Transport et Logistique
Le méthane qu’on ne veut pas voir, décembre 2019, Agence Science Presse Québec
A propos du méthane, CCAC
Global Methane Budget 2020, juillet 2020, Global Carbon Project,
Comment manger moins de viande ?, octobre 2023, Que Choisir
Less meat is nearly always better than sustainable meat, to reduce your carbon footprint, février 2020, Our World in Data




