Julia Faure casse les codes de l'industrie textile
Portrait
Julia Faure casse les codes de l’industrie textile
Elodie Walle - 16 juin 2023
Julia Faure, fondatrice de Loom. Source: Les echos, Anouck Marty

Points de repères
- Née en 1988
- Ingénieure agronome AgroParisTech.
- Création de Loom en 2018 avec Guillaume Declair, entreprise pour des vêtements durables à faible impact sur l'environnement, avec un engagement responsable fort et une attention particulière aux droits sociaux des personnes.
- Fait partie en 2020 des 47 personnes présentes sur la photo du siècle de Yann Arthus-Bertrand, symbolisant la nouvelle génération qui s'engage.
- Publication le 7 juillet 2021, dans Le Monde, dela tribuneNous, marques textiles, demandons à être plus régulées, signée par 150 entreprises françaises textiles. Cette tribune demande que l’écocontribution, (instauré en 2009 pour financer la fin de vie de leurs produits) soit indexée sur les émissions de gaz à effet produites par l'entreprise, afin d'être incitative.

Un TedX qui secoue
En 2020, Julia Faure intervient au TedX de l'Université de Tours. Son intervention de 10 minutes, que nous vous conseillons de visonner, est à contre-courant de la culture ‘start-up’ du moment. Chez Green Déclic, nous avons été frappés et inspirés par cette cheffe d’entreprise qui parle vrai, avec humilité et affirme avec force ses convictions 💚.
“On ne peut plus considérer que la croissance des entreprises est une réussite. C'est cet état d'esprit qui nous a mis dans la situation de crise climatique actuelle.”
Julia Faure nous frappe parce qu’elle met en avant la part de responsabilité des entreprises dans l’accroissement des inégalités et la catastrophe climatique, et met en œuvre, concrètement, une alternative. Et elle valorise des modèles de réussite locaux et à échelle humaine, comme une boulangère locale qui réussit bien et ne cherche pas à “conquérir le monde”..

En contexte: l'industrie textile
Source: Au bidonville d’Old Fadama, à Accra, la capitale du Ghana, vaches et habitants fouillent la décharge. Photo: Muntaka Chasant
Le TedX de Julia Faure, et sa démarche à travers Loom, a d’autant plus de sens qu’elle intervient dans un contexte où les impacts environnementaux de l’industrie textile sont de plus en plus évidents, et ses politiques sociétales de plus en plus pointées du doigt.
Entre 2000 et 2014, la production mondiale de vêtements a été multipliée par deux. C’est donc une réussite d’un point de vue de la croissance économique… mais un désastre environnemental.
L'industrie textile a des effets néfastes sur la pollution, l’eau et se recycle très mal:
- Les gaz à effet de serre produit par l'industrie textile représentent 8,1 % des émissions mondiales, soit autant que l'ensemble du transport routier de la planète.
- L’industrie textile serait responsable de 17 à 20% de la pollution de l’eau au niveau mondial.
- Sur les 239 000 tonnes de vêtements collectées, seulement 33,5 % sont transformés pour être recyclés, le reste est destiné à la réutilisation ou à l’élimination. Le textile recyclé ne représente aujourd’hui qu’environ 1 % du flux de matières textiles utilisées dans la production de vêtements.

Loom, à contre-courant
Source: Loom
Lorsque Julia Faure créé Loom en 2018, avec Guillaume Declair, c’est pour se positionner clairement contre la ‘fast fashion’
“Oui, acheter mieux. Mais surtout acheter moins.”Loom est une entreprise militante, et c’est à travers son blog “la mode à l’envers” qu’on mesure son engagement. A travers ses nombreux articles, Loom casse les codes de la fast fashion et partage, avec humour et pédagogie, son chemin pour atteindre sa mission. Nos articles préférés : “Le polyester recyclé, cet écran de fumée” ou “comparatif des lessives écologiques”.
Source: Compte Loom Instagram
La politique commerciale de Loom est un OVNI dans le monde de la mode : zéro collection, zéro offre promotionnelle, zéro soldes. Même pas de prix en 9,99 € ! En effet, la marque ne pousse jamais à la consommation.
“Le vêtement le plus écologique, c'est celui que vous avez déjà”Ce marketing hors norme s’appuie sur des modes de production vertueux.
”Nous confectionnons des vêtements faits pour durer dans le temps. Des basiques qui ne risquent pas de lasser et pourront être portés longtemps”. Voir dans l'encart en fin d’article un exemple concret.
L'entreprise Loom contrôle ses fournisseurs afin qu'il n'y ait pas d'exploitation d'enfants, de femmes sous-payées, d'usines en Asie, de pesticides dans les textiles utilisés ou d’animaux maltraités. Les vêtements sont fabriqués dans de petites usines en France ou au Portugal (où les conditions des travailleurs sont vérifiées).
Son engagement Mouvement Impact France
Dans la continuité logique de son engagement Julia Faure est élue co-présidente du Mouvement Impact France en 2023. Ce réseau d’entrepreneurs met l’impact écologique et social au coeur du projet d’entreprise.
Tribune: “(...) Nos engagements nous désavantagent. Aujourd’hui, plus une entreprise pollue, moins sa production lui coûte cher et plus elle est compétitive.” "Nous demandons, nous les marques textiles, que la loi oblige les entreprises de l’habillement, les nôtres y compris, à payer réellement les coûts environnementaux qu’elles génèrent. C’est le seul moyen de supprimer enfin la prime au vice. Nous sommes pour une concurrence non faussée et vertueuse.”
Conclusion
Julia Faure se distingue comme une personnalité marquante qui bouleverse les normes de l'industrie textile à travers l’éthique de sa marque. Elle incarne une voix forte et inspirante.
Sa vision et son action sont un appel à repenser notre approche à la consommation et à la croissance économique, en plaçant les droits sociaux et l'environnement au premier plan de nos préoccupations. Son engagement à travers le Mouvement Impact France ou En mode climat sont la preuve que d’autres entreprises se mobilisent pour faire bouger les choses.. Nous espérons vous avoir inspiré, comme nous l’avons été. On a besoin d’un bol de positivisme pour un avenir durable! 💚
Concrètement, s'imposer des limites
L'utilisation de coton recyclé présente un avantage. Il évite la nécessité de cultiver de nouvelles cultures de coton, ce qui permet de faire des économies d'eau et d'énergie.
Néanmoins, sur le plan environnemental, son impact reste similaire, car il passe par les mêmes processus industriels de filature, teinture, tricotage/tissage et confection. En réalité, il y a même une étape supplémentaire pour retransformer les tissus en fils de coton.
Selon le rapport Climate Works de 2018, si 40% des fibres textiles étaient recyclées à l'échelle mondiale (ce qui serait déjà considérable), cela ne permettrait d'économiser que 4,4% d'eau et 5,9% d'émissions de carbone par rapport au système actuel. Cela ne représente donc pas une amélioration significative.
Un autre problème majeur est que le processus mécanique utilisé pour transformer les tissus en fibres endommage ces dernières. Les fibres recyclées ne pourront jamais atteindre la même qualité que les fibres d'origine. Les fabricants doivent souvent les associer à d'autres matériaux (comme le polyester ou le polyamide) pour renforcer leur durabilité.
Par conséquent, LOOM utilise uniquement du coton recyclé pour les tissus où la durabilité n'est pas essentielle, comme dans le cas du pochon de ceinture.
Pour aller plus loin
Cet article a été rédigé en puisant à de nombreuses sources:
impactfrance.eco - enmodeclimat.fr - lemonde.fr - wikipedia.org - business.lesechos.fr - wikipedia.org - impactfrance.eco - wedressfair.fr - clear-fashion.com - theconversation.com